Le projet
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Au regard d’autres programmes : musées, hôpitaux, usines, espaces multimodaux contemporains comme nos aéroports, construire une maison religieuse n’est pas d’une complexité comparable. De même qu’un simple abri suffit pour dire la messe, les frères, qui ont fait vœux de pauvreté veulent que la plus grande simplicité préside à la construction de leur maison.
Leur couvent devra accompagner les fonctions domestiques avec la plus grande économie de moyens. Ils emploient d’ailleurs pour le décrire un vocabulaire minimaliste révélateur :

- la cellule pour dormir
- le réfectoire pour se nourrir
- les classes pour étudier
- le cloître pour méditer

Dormir, se nourrir, étudier sont des notions que l’architecte a appris à maîtriser mais le couvent ne serait-il alors qu’un édifice propre à assurer un ensemble de fonctions domestiques ? Certainement pas car la réussite de l'architecture religieuse dépend essentiellement de sa capacité à accompagner les actes quotidiens de la vie consacrée. Il s'agit donc de formaliser les comportements de cette vie religieuse et sa quête constante des valeurs essentielles.

- Simplicité, Ascétisme,
- Dépouillement
- Ombre et Lumière
- Humanité, Évocation du Sublime, Silence et Méditation.

Il est frappant de constater la convergence de ces aspirations spirituelles qui s'expriment avec des mots chers aux architectes qui disposent pour les transcrire dans la réalité, des ressources que procure l'architecture. Car, il faut croire dans l'architecture, qui seule permet de concevoir une œuvre, dont les valeurs spirituelles et humaines l'emportent sur les considérations matérialistes de notre temps.

- La simplicité, l'ascétisme, le dépouillement se traduisent fort bien en architecture et se retrouvent dans le minimalisme. C'est une architecture peu bavarde, économe en signes, rétive aux gaspillages, aux gestes gratuits, mais non à l'émotion. C'est une architecture qui va à l'essentiel des plans et de la matière.
- L'ombre et la lumière s'organisent grâce au jeu savant des masses, des vides consistants générateurs d'aperçus furtifs ou éclatants.
- La quête d'humanité, l'évocation du sublime, le silence et la méditation s'ordonnent autour d'espaces privilégiés. Le cloître, la chapelle, les jardins, les terrasses découvertes offrent le soir venu le spectacle du ciel source de tous les rêves d'infini.
La recherche constante de l’économie de moyens déjà évoquée, devient alors, non pas une contrainte mais un facteur d’équilibre gage d’une réalité physique sans concession.
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Aquarelles ci-dessus :
M. Guy JAY
La cellule est spartiate mais bien isolée phoniquement et thermiquement, une double ventilation se substitue à une climatisation prohibitive, une liaison internet permet de rester à l’écoute des hommes et du monde. Le réfectoire n’est pas un restaurant, c’est une pièce de silence (les frères ne parlent pas pendant le repas) et de communion. Sa forme permet la distribution rituelle des tables en forme de "U" regroupant la communauté autour de son Prieur. Le cloître, élément essentiel de la vie conventuelle, est également traité avec la plus grande austérité, les sols sont privés de leurs revêtements habituels, les colonnes ne sont pas sculptées, les chapiteaux restés bruts de béton expriment simplement leur rôle de "sommier" à la naissance des voûtes. Seul ornement, une petite chapelle, sanctuaire dédié à la Vierge, rappelle la vocation des lieux. Les dépendances : cuisine, laverie, cellier, réserves, ateliers, locaux techniques intègrent les exigences de notre époque ou les économies d’énergie sont prises en compte (CE solaire, doubles toitures). Ainsi peu à peu, synthèse d'aspirations spirituelles, de directives fonctionnelles et des réalités de notre époque, l’Architecture se révèle. Elle structure et défini les espaces intérieurs, les qualifie par ses règles imposées : hauteurs, proportions, rythme des pleins et des vides, beauté de la lumière aménagée, qualité des volumes. Elle se veut protectrice des agressions extérieures souvent excessives dans nos régions tropicales. Elle engendre des espaces privilégiés, oasis de silence et de sérénité propre à l’accueil des hommes de Dieu. Mais à ce stade, elle n’est toujours qu’imagination, dessins, plans. Reste la phase ultime, l’intervention décisive, celle de l’entrepreneur, c’est le moment du chantier.
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M.Castanet,
architecte du couvent.
Auteur du texte ci-contre.


 
     
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