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La formation des jeunes qui frappent à notre porte est un défi bien plus grand que les projets matériels de notre fondation. Transmettre la vocation du Carmel est une chose bien plus fondamentale que bâtir des châteaux d’eau, des stations de filtration, des écoles, etc. Dans quelques années, lorsque les Sénégalais seront capables de vivre le Carmel et de prendre le relais de tout ce que nous faisons, notre mission aura atteint sa finalité. L’objectif de la formation est de transmettre le charisme de l’Ordre, de créer les conditions d’une autonomie pour porter la flamme du Carmel. On peut même espérer, sans rêver, qu’un jour viendra où nos frères carmes sénégalais, établis en province, iront fonder ailleurs dans le monde.

Pour jeter les bases de ce projet carmélitain, trois choses sont essentielles.

1 – Il est important de vérifier que les jeunes qui veulent entrer au Carmel ont vraiment envie de s’engager dans notre genre de vie.

Il faut éprouver la profondeur de leur désir, l’authenticité de leur liberté intérieure.

Première chose : qu’ils puissent percevoir réellement que les frères carmes ne cherchent pas absolument à remplir leur maison et sont détachés des perspectives de recrutement. Ce sont eux qui ont choisi de venir pour vivre la vie du Carmel. De la sorte, entre les périodes de stages, il est important de les laisser reprendre l’initiative du contact. La balle doit rester en permanence dans leur camp. C’est à eux de prendre en main leur avenir, de le choisir librement. L’appel du Seigneur a retenti dans leur cœur à un moment donné. C’est à eux d’y répondre généreusement en s’appropriant cet appel, en l’assumant pleinement.

Deuxième chose : La vie du Carmel, telle qu’elle est proposée dans le cadre de notre province a ses contours, ses particularités. Ce sont aux jeunes à s’y adapter, à décider s’ils sont prêts à les épouser. On doit évidemment prévoir des étapes dans l’accueil de ces exigences. C’est le rôle de la formation. On ne formerait pas si les jeunes arrivaient en étant des carmes accomplis. Il y a de la place pour des modes de vie qui sont encore mal ajustés à la vocation, mais au fil du temps, on doit pouvoir dire et vérifier si le jeune rentre dans ce qui lui est proposé de façon harmonieuse ou pas. La formation est une réalité graduelle. Elle respecte le temps qui est nécessaire à la croissance de la personne, en gérant ses crises et en donnant le droit de ne pas pouvoir encore. Mais elle est aussi une réalité ascendante qui évalue la capacité de conversion du jeune, son aptitude à aller de l’avant, à évoluer.

La qualité du désir, de la volonté d’embrasser la volonté du Christ Jésus, sans esprit de négociation et de marchandage est un aspect incontournable. On est en droit d’exiger ce désir, cette ferme volonté. Le Christ leur dit à chacun : « que votre oui soit oui, que votre non soit non » (Mt 5,37). La détermination à suivre le Christ sans regarder en arrière (Lc 9,62) est une composante fondamentale de la vocation consacrée. Sans cet absolu du tout ou rien, sans cette aptitude à plonger dans un don inconditionnel et sans retour, nos jeunes ne seront jamais heureux dans leur vocation. Hésitants, ils seront insatisfaits et des poids pesants pour leurs frères.
Tout le discernement consiste à apprécier chez nos jeunes la qualité de leur élan vers le Christ, leur disposition à le choisir et le préférer en tout. Ils ne sont pas les seuls à juger de leur vocation. L’Église à laquelle ils se remettent est là pour les aider à confirmer ce qu’ils ressentent par rapport à leur appel.

2 – Nous devons aider les jeunes à bien discerner les motivations qui les ont amenées jusqu’au Carmel.

Un jeune qui sent un appel à la vie consacrée peut avoir la tentation de se diriger vers une communauté qui lui semble sympathique, dynamique, nouvelle, à portée de main. Peut-être au risque d’oublier que chaque congrégation a un charisme qui lui est propre.

Nos jeunes doivent bien discerner leur appel, sentir au fond d’eux-mêmes par quel chemin ils pourront s’unir au Christ le plus puissamment, à partir de ce qu’ils sont, de ce que Dieu a déposé en eux. Pour les uns, portés à l’amour de la science sacrée, l’expérience de Dieu passera essentiellement par la connaissance de son mystère. Ils sont peut-être des dominicains en puissance. Pour les autres, l’amour tout particulier de la liturgie pourrait les conduire plutôt dans la vie bénédictine. Le service des pauvres vers une congrégation franciscaine, le goût de l’éducation vers une congrégation enseignante, etc.

Au Carmel, c’est la vie intérieure, la vie cachée au-dedans avec Celui qui nous habite, c’est l’amour de la solitude, du cœur à cœur avec Jésus, dans le silence et la prière mentale qui caractérisent le charisme. Tel est l’objectif : une union mystique croissante au Christ, une ascension spirituelle par la foi, l’espérance et la Charité, telles que la personne se trouve peu à peu transformée en lui, parvient peu à peu à la plénitude du Christ. Ce charisme a été merveilleusement explicité par les fondateurs de l’Ordre des carmes déchaux : Sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix. C’est à partir de leur enseignement que nos jeunes pourront se situer et discerner si cette maison leur convient. Car l’expérience amoureuse du Christ Jésus ne suffit pas. Il faut aussi que les écrits des fondateurs du Carmel soient comme un miroir vocationnel, donnent au jeune qui les lit et les fréquente quotidiennement, qu’il se sent comme chez lui, en consonance avec leur expérience propre.

En prenant le temps, en évitant les conclusions trop hâtives, nous devons élucider les motivations de nos jeunes pour les aider à trouver la forme de vie qui leur est adaptée. Un jeune qui demande à entrer n’est pas forcément fait pour devenir carme. Le temps de formation est aussi destiné à clarifier.

3 – Il est crucial d’établir une véritable relation de confiance avec eux.

Les jeunes qui frappent à notre porte doivent se sentir accueillis. Pour cela, on doit leur donner du temps, et nous situer avec eux dans une réelle bienveillance. Si le jeune à confusément le sentiment qu’on se méfie de lui, qu’on le soupçonne de ne pas être droit dans sa démarche, cela ne va pas l’aider à s’ouvrir. L’a priori se doit d’être positif. Les différences culturelles, toutes les différences, seront toujours potentiellement des lieux de soupçon et de peur instinctive. Il faut en avoir conscience pour ne pas se laisser piéger.

Nous avons posé cet acte d’espérance dans notre mission africaine au Sénégal : que des relations bâties sur la confiance permettront de déboucher sur des rencontres en profondeur et en vérité, au-delà ce qui peut diviser, susciter la crainte. La confiance fait tomber les murs et permet de franchir les frontières. C’est tout le mystère de la Pentecôte. Un Européen vivant au Sénégal a pu dire : « frères, ne cherchez pas à les comprendre, vous ne le pourrez jamais ». Dans la formation on ne peut se résoudre à un tel axiome. Au contraire, par la confiance et la certitude qu’on peut se comprendre, communiquer en vérité, la formation doit libérer les jeunes et leur permettre de se donner à connaître sans tricher, sans duplicité ni besoin de se cacher. Certes, c’est une route, un chemin, une œuvre à recommencer chaque matin, mais on doit y croire, pouvoir y marcher concrètement dès aujourd’hui.

Nous sommes d’accord pour dire que l’écoute est un art difficile, mais nous considérons aussi que cette une aventure passionnante. Pour éviter d’interpréter, de projeter des schémas, des approches qui faussent le dialogue, il ne faut pas omettre dans les entretiens de reformuler ce que les jeunes peuvent dire avec nos mots pour vérifier si on a bien saisi le contenu de leur propos. Nous leur faisons également préciser des expressions qui peuvent avoir plusieurs sens en terre de francophonie. Ce qui compte c’est la signification des mots, ce que véhiculent les mots, pas les mots en eux-mêmes. La formation, tout particulièrement en Afrique, est un lieu de recherche permanente de la vérité de l’autre, de son esprit, au cœur de sa culture. C’est une sortie de soi, une disposition à se laisser revêtir de ce que sont nos jeunes avant de chercher à les transformer.

Ainsi, grâce à cette attitude de confiance mutuelle, l’Esprit-Saint peut se manifester et présider la formation. Le formateur est humblement attentif aux pas de Dieu dans la vie du jeune, toujours prêt à l’encourager, et ce dernier s’ouvre dans une humble transparence, en accueillant le regard que l’on pose sur sa vocation. C’est de cette façon que l’appel de Dieu peut être efficacement discerné, que Dieu peut être vraiment écouté.

4 – Offrir un espace de vie de famille

La famille est un pivot de la culture africaine. Certes, quel que soit son lieu d’implantation, toute communauté religieuse est une famille, mais on peut dire, tout particulièrement en Afrique.

Les frères sont appelés à vivre cette vocation familiale ad intra, sans équivoque et sans négligence, sinon le développement et la fécondité de la mission sont compromis. Un frère africain qui ne trouve pas la chaleur humaine inhérente à sa culture dans sa communauté, la cherchera ailleurs, notamment en restant dépendant de ses parents.

Cela signifie concrètement que la communauté doit être ouverte et accueillante envers ceux qui la visitent, que les frères doivent vivre dans un esprit d’amitié solide, tout en veillant à ce que les relations ne restent pas à un niveau purement humain.

La communauté religieuse à en effet cette particularité d’être rassemblée et construite par le Christ à travers la vie sacramentelle, la vie de prière, et l’esprit d’offrande des uns et des autres. C’est là un défi majeur de la vie religieuse en Afrique : d’évangéliser la culture en donnant à la famille, aux potentialités humaines toutes faites de solidarité et de proximité, une ouverture théologale, une dimension surnaturelle.

La communauté doit être une véritable expérience ecclésiale car elle est censée être une petite cellule d’Église semblable à celle du collège des apôtres. C’est donc dans cet esprit de foi en l’Église que les jeunes doivent vivre ensemble et porter a lo divino leur culture familiale africaine.

À partir de là seulement, les formateurs peuvent demander aux jeunes un détachement, d’acquérir une liberté intérieure vis-à-vis des parents.
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