Le temps du studentat qui s’initialise par la profession simple est pour ainsi dire le temps de la durée, de l’enracinement. Tout ce qui a été transmis, balisé, pendant l’année du noviciat, va être décanté, approfondi. Le jeune formé à reçu un sac à dos bien garni. Il va maintenant pouvoir s’engager dans la montée du mont Carmel.
Il est assez facile d’être un carme pendant une année. Mais il est plus difficile de le demeurer dans la fidélité toute la vie. Le studentat est comme une confrontation à ce que sera la vie carmélitaine pendant toute la durée de l’existence. Il est une étape décisive dans la formation car il permet au jeune de commencer d’expérimenter les inéluctables lassitudes, crises, acédies, aridités, impuissances et épreuves, inhérentes à la vie, et cela au cœur même de sa vocation.
Le noviciat a pu être un temps d’illusion si le jeune a oublié ou mis inconsciemment entre parenthèses l’épaisseur de son humanité avec tout ce qu’elle a de mondain, de charnel. « Chassez le naturel, il revient au galop » dit le proverbe. Le studentat est justement le temps de l’apprentissage de la gestion de ce naturel pas suffisamment visité, assumé, évangélisé, durant le noviciat.
En quelque sorte, le studentat est un temps de validation du noviciat, pour s’assurer que l’héritage spirituel de l’Ordre a été vraiment intégré, a pénétré dans les profondeurs de la personnalité. Seule la monotonie de la vie quotidienne peut permettre cette vérification. Le studentat dure cinq ans : une durée normalement suffisante pour affermir ce temps du noviciat et lui donner de l’assise, de la crédibilité.
Dans la page consacrée aux principes de formation nous avons insisté sur l’importance de la maturité humaine et religieuse au Carmel. Celle-ci ne peut pas se réaliser en un an. Elle a besoin de temps, de croître peu à peu au fil des mois et des années. Avant l’engagement de la profession solennelle qui est un point de non retour, on doit
pouvoir offrir à nos jeunes les conditions de cette maturation. De la sorte ils pourront s’engager de façon plus libre, plus responsable, en meilleure connaissance de cause. Le
studentat est fait pour cela et de ce point de vue il est risqué de vouloir l’écourter.
Dans la ligne de cet approfondissement, on continue l’enseignement, de cultiver une intelligence du mystère chrétien, de la spiritualité carmélitaine. C’est pourquoi le temps du studentat est lié au temps des études de philosophie et de théologie. Il n’est pas rare d’ailleurs que ces études soient l’occasion d’une remise en cause, d’un remodelage, d’une nouvelle orientation de vie car elles portent à la réflexion, à la méditation. C’est un point important de la formation durant cette période : que les études fassent bouger les lignes et amènent le jeune à une conversion de ses schémas de pensée, à une conversion de vie pure et simple.
En même temps, ces études préparent au ministère à venir. Elles permettent au jeune d’acquérir les connaissances nécessaires pour qu’il soit en mesure d’éclairer et d’accompagner plus tard les fidèles qui lui seront confiés, et cela, sans les égarer. Pour préparer cette future mission apostolique qui fait partie intégrante de sa vocation de carme, il peut déjà exercer quelques ministères, si possible dans l’axe du charisme de l’Ordre. Cet engagement se fait en lien avec son père-maître.
Ce dernier doit être présent dans la vie du jeune profès. Présent par son écoute pour aider le jeune à faire remonter à la surface les problèmes souterrains, présent par sa parole pour donner les clés de lecture nécessaires aux événements de la vie selon le charisme de l’Ordre. Un jeune carme étudiant ne peut pas traverser ses années d’études sans formateur à ses côtés. C’est un élément indispensable pour qu’il puisse trouver sa stabilité vocationnelle, pour entrer pleinement dans le projet de Dieu sur sa vie. Il ne
s’agit pas d’une présence directive, mais éducative, c’est-à-dire pour l’apprentissage d’une autonomie, d’un usage responsable de la liberté.
Ce que nous avons dit pour le temps du noviciat concernant la vie fraternelle
comme lieu de vérification de la vie contemplative est éminemment vrai pour le temps du studentat. Durant ce temps, la vie communautaire
est centrale. En effet, du fait des études et des fréquentations à l’extérieur, du fait des opportunités apostoliques, le jeune peut prendre des réflexes individualistes et succomber à la tentation d’un repliement sur des problématiques personnelles. On devra donc lui offrir des lieux pour qu’il puisse partager et rencontrer ses frères de communauté, que ce soit à l’occasion des récréations, des réunions de communauté, des vacances du studentat. Le jeune profès doit s’investir et s’engager dans le fonctionnement de la maison, dans la vie de la communauté, en prenant des initiatives, selon sa grâce et ses charismes.
Le studentat débouche le plus communément sur l’ordination diaconale et sacerdotale après l’admission aux ministères institués. Mais ce n’est pas une issue automatique. En effet, il revient au père provincial de discerner avec le père-maître entouré de la communauté éducative des frères profès solennels, la vocation sacerdotale du candidat. C’est lui qui appelle aux ordres sacrés. Tout dépend du niveau intellectuel du frère, de sa capacité de jugement, de l’unité harmonieuse qu’il a su trouver entre son engagement religieux et son activité apostolique. Il peut être décidé qu’un frère profès simple reste un frère non-clerc.