Goundiour
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Lorsque, venant de Kaolack, on arrive en vue de Ndiaffate, le village de Goundiour Saloum se situe à quelques 500 mètres en retrait de la route goudronnée. Goundiour Saloum : 8 familles de l’ethnie peule ; 90 habitants, dont 7 ont plus de 50 ans.

Notre présentation de ce village suivra le fil d’une conversation avec Diarry Diallo, une mère de famille âgée de 48 ans, veuve depuis une dizaine d’années. Certains éléments introduits dans ce texte nous ont été donnés par le chef du village.
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- « Quelle est l’origine de la population actuelle de Goundiour Saloum ? »

- « Lorsque ma famille est arrivée ici, j’avais 6 ans ; c’était en 1966. Notre famille était originaire d’un autre village de la communauté rurale de Ndiaffate (Mbaan Soutoura). Nous étions la première famille peule à Goundiour. Une autre famille peule est venue par la suite, de Wak Ngouna (à environ 40 km au sud) : la mère du chef de famille - après un premier mariage - était devenue la deuxième femme de mon père : les liens de parenté expliquent donc la venue de cette deuxième famille. Deux autres familles peules se sont rajoutées, venant de Keur Aly, près de Passy (à une quinzaine de kilomètres, en direction du sud-ouest) et de Latmingué (à vingt kilomètres à l’est) ; elles avaient des liens de parenté avec ceux de Wak Ngouna.
Au départ ce village était peuplé par des Sérères mais ils sont partis pour d’autres villages, le plus souvent hors de la communauté rurale de Ndiaffate. »
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- « Qui dirige le village ? »

- « En 1970 le chef du village, un wolof du nom de Sérigne Dramé, étant décédé, c’est mon oncle, El Hadji Baam Ka, qui gouverna le village ; à son décès, 9 ans plus tard, mon père, Aliou Ka, lui succéda jusqu’en 2005, date de son décès. Le chef du village est maintenant Abdourahman Ka, mon grand frère, fils d’El Hadji Baam Ka.
Quand mon père dirigeait le village, il organisait chaque année un gammou (une fête religieuse) : il faisait venir le marabout tidiane de Sokone, Mamadou Amadou Dêmm. Beaucoup de monde venait de toutes parts pour participer aux chants musulmans. »
- « Que dire des conditions de vie à Goundiour ? »

- « Auparavant les récoltes étaient plus abondantes, on vivait avec plus d’aisance. Les arbres étaient plus nombreux : lorsque j’étais enfant je pouvais me rassasier de leurs fruits à la saison (mangues et pomme-cajou) ; maintenant les femmes trouvent difficilement du bois de chauffage, elles vont parfois jusqu’à Kossy Tiamen. Ces difficultés aboutissent, année après année, à notre appauvrissement. » (Abdourahman)
- « Nous cultivons le mil, l’arachide, le sorgho, le bissap et le niebbé ; les récoltes sont maintenant insuffisantes. L’élevage (vaches, moutons, chèvres), ça va à peu près ; mais quand la récolte est trop maigre, tu finis par aller vendre ce que tu as élevé, pour pouvoir acheter la nourriture. Si l’agriculture ne marche pas, que peux-tu espérer pour l’élevage ? Nos fils sont ici, ils n’ont rien à faire. Quand la saison des cultures (saison des pluies, c’est-à-dire de juin à octobre) est terminée, il n’y a plus rien à faire pour eux ; certains trouvent un travail de manœuvre à Ndiaffate, trois sont à Dakar (un fait du commerce, deux sont manœuvres). » (Diarry)
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- « Et les études ? »
- « En ce moment trois de nos garçons étudient à l’université. Sur les neuf jeunes filles du village, trois vont au lycée de Ndiaffate (de la 6e à la terminale). Seule ma sœur a pu trouver un travail grâce à son diplôme : elle est infirmière ; avant mon mariage j’étais secrétaire. »
Les conditions de vie ont-elles changé, depuis votre enfance ?
« Depuis trois ans nous avons une école primaire au village, nos enfants n’ont plus besoin d’aller jusqu’à Ndiaffate. Depuis cette année nous avons l’eau grâce au forage. Nous attendons l’électricité (littéralement : nous attendons la lumière). »
En ce moment la première maison en dur est en cours de construction.
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Notre conversation doit s’interrompre un instant et j’en profite pour aller regarder les jeux des enfants. Dans la cour délimitée par les cases de la parenté, une dizaine d’enfants majoritairement âgés d’une douzaine d’années jouent avec un petit ballon en mousse, à l’ombre d’un manguier. La partie de foot bat son plein : un garçon tente une percée, une fille enroulée dans un pagne étroit mène une défense incisive et vive, ne cédant pas un seul centimètre à l’attaquant audacieux… Quelques minutes plus tard, tous se déchaussent et, armés de leurs sandales, ils passent à un nouveau jeu inspiré du hockey ; là, les plus jeunes, avantagés par leur petite taille, deviennent plus actifs. Un moment encore, et c’est quelque chose comme du hand-ball ; la fille de Diarry vient se mêler un instant aux enfants et avec la force de ses dix-sept ans devient une des pièces maîtresses de son équipe…
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Les filles jouent au foot ?
« Quand j’étais enfant, nous courions partout, on luttait, on grimpait aux arbres ; les filles ensemble, de leur côté, et les garçons, eux aussi ensemble, de leur côté… maintenant c’est le ballon… et surtout maintenant les garçons et les filles se mélangent. À notre époque, les jeunes filles avaient même honte d’être avec les garçons. Il est possible que l’école ait contribué à ce changement : les jeunes peuvent se rencontrer sur le trajet jusqu’à Ndiaffate, ils se retrouvent aussi dans la cour de récréation… maintenant ils grandissent ensemble alors qu’auparavant la vie les tenait à l’écart les uns des autres.
Mais on doit avant tout reconnaître leur bonne volonté : ils écoutent les conseils de leurs parents et s’efforcent de pratiquer la religion musulmane. »
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Le soir tombe. Les femmes se succèdent autour du robinet du village et repartent chargées de leur bassine d’eau. D’autres à quelques mètres de là, pilent du mil. Aux abords des cases, quelques groupes d’adultes en conversation, assis sur des nattes. Sur le terrain de foot, près de l’école en construction, les grands posent les dernières actions de jeu. Alfa, un ancien du village qui officie comme imam, s’approche de la petite mosquée et lance l’appel à la quatrième prière, celle du crépuscule (timis, en wolof).
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