Scapulaire
ASPECTS HISTORIQUES.
La tradition monastique.

Le terme de scapulaire provient du mot latin « scapula » (épaule). En effet le scapulaire était une pièce d’étoffe rectangulaire couvrant le dos et la poitrine ; les moines bénédictins le revêtaient comme un tablier protégeant leurs vêtements ordinaires à l’heure du travail. Symbole du moine au travail, le scapulaire s’est enrichi d’un sens spirituel : celui du travail du moine dans sa suite du Christ.

Témoigne de cet aspect symbolique un apophtegme des Pères du désert (donc de la tradition orientale) : « Un ancien disait : Notre capuchon est le symbole de l'innocence. Le scapulaire qui couvre les épaules et le cou est la figure de la croix ; la ceinture qui nous entoure les reins symbolise la force. Vivons donc conformément à notre habit, et faisons tout avec zèle afin de ne pas sembler porter un habit d'emprunt. » (Nau 55).

Nous retrouvons aujourd’hui ce sens lors de la prise d’habit d’un frère carme ; au moment où il est revêtu du scapulaire, celui qui préside la cérémonie lui dit cette parole :  « Prends sur toi le joug du Christ car Il est doux et humble de cœur, et tu trouveras le repos, oui, son joug est facile à porter, et son fardeau léger. » (D’après Mt 11, 29-30)
Et cette parole peut être interprétée à la lumière de celle qui commentait le fait de revêtir la robe, signe de l’homme nouveau dont le consacré doit être un signe particulier dans le monde : « Que le Seigneur te revête de l’homme de l’homme nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance, en se renouvelant à l’image de son Créateur. » (D’après Col 3, 10)

Ainsi la tradition monastique puis carmélitaine a pu envisager le scapulaire comme signe du disciple qui travaille à la suite du Christ : habit de l’humble serviteur de Son Seigneur et de ses frères ; habit de celui qui fait œuvre de patient effort, chaque jour, confronté aux vicissitudes de sa conversion et au partage des épreuves du Christ : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » (Mc 8, 34-35)
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Ainsi le scapulaire est signe de la collaboration du moine à l’œuvre du Christ en lui (devenir un homme nouveau recréé dans le Christ) et à l’œuvre du Christ dans le monde (agir et prier uni au Christ par la charité ; « pour la gloire de Dieu et le salut du monde »).
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Associer les laïques à une tradition religieuse.

 Lorsque des ordres religieux offrirent la possibilité à des laïques de s’associer à leur spiritualité, que ce soit en étant membres d’un Tiers Ordre ou en devenant oblats, ceux-ci reçurent le scapulaire correspondant au vêtement de l’ordre auquel ils s’affiliaient.

Le scapulaire des laïques a pris les dimensions modestes de deux rectangles d’étoffes reliés par deux cordons, ce qui permettait de le glisser commodément sous les vêtements de tous les jours.
L’habit religieux du Carmel étant de couleur brune, le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel est constitué de deux rectangles de laine brune : ainsi est matérialisé le fait d’être spirituellement rattaché à l’Ordre du Carmel :
 « “Le scapulaire est essentiellement un « habit ». Qui le reçoit est, par sa vêture, associé à un degré plus ou moins intime à l’Ordre du Carmel “ (Pie XII). Le scapulaire ou petit habit est en effet l’habit en miniature de notre Ordre qui, pour vivre “ dans la dépendance de Jésus Christ “, a choisi l’expérience spirituelle de familiarité avec Marie, sœur, mère et modèle. » (Nouveau rituel du Scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel (1998) ; § 6)
Traditions carmélitaines.

L’Ordre du Carmel a pris naissance au XIIIe siècle sur les pentes du Mont Carmel, en Terre sainte. Là des pèlerins de rite latin s’étaient fixés et regroupés autour d’une chapelle dédiée à la Vierge Marie, se plaçant sous son patronage pour suivre le Christ en ayant part à la grâce du prophète Élie. Se placer sous le patronage de la Vierge Marie signifiait s’en remettre à son intercession pour accéder à l’expérience du mystère du Christ ; en retour la Vierge Marie était la Maîtresse du lieu, celle à qui ils promettaient obéissance et fidélité, celle qu’ils promettaient d’honorer par des actes de dévotion. Ils plaçaient donc leur chemin spirituel sous la protection particulière de la Vierge Marie.
Suite aux persécutions musulmanes, les frères carmes essaimèrent en Europe, fondant dans leurs pays d’origine. Cette implantation en Europe ne se fit pas sans difficultés, les frères carmes ayant à recourir au Pape pour obtenir le droit de s’installer. Saint Simon Stock, sixième Général du jeune ordre, adressa en cette situation d’incertitude, une prière à la Vierge Marie, patronne et protectrice de l’Ordre du Carmel :« Fleur du Carmel, vigne fleurie, Beauté du ciel, Vierge féconde. Mère douce et toute pure, Étoile de la mer. Donne-nous un signe de ta maternelle protection. » (hymne Flos Carmeli en usage dans l’Ordre du Carmel).
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La bienheureuse Vierge Marie lui serait alors apparu le 16 juillet 1251 (Rappelons que le 16 juillet est devenu la fête de Notre-Dame du Mont Carmel), accompagnée d’une multitude d’anges et tenant en main le scapulaire de l’ordre :

« voici le privilège que je te donne à toi et à tous les Carmes. Quiconque meurt revêtu de cet habit ne souffrira pas le feu éternel ». Par cette légende, au-delà de la promesse de la Vierge Marie de protéger son Ordre, le scapulaire devenait pour tout chrétien signe d’espérance : le revêtir, c’était s’appuyer sur le secours de la Vierge afin de vivre avec ferveur et fidélité à l’égard du Christ.

Au terme de ces quelques éléments historiques, on pourrait dire que le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel est un signe d’affiliation à la famille du Carmel et un signe de notre volonté de répondre à l’appel que Dieu nous adresse au travers du don du scapulaire : être recréés et conduits par l’Esprit Saint entre les mains de la Vierge Marie pour vivre et agir en fils de Dieu dans le Christ.
Enracinement biblique du scapulaire ; interprétation selon la tradition du Carmel.
Le vêtement relève en premier lieu de notre vie sociale, de notre appartenance à une société ; il provient de l’activité des femmes, comme en témoigne notamment l’éloge de la femme de valeur (Proverbes 31, 13.19.22.24). Cet éloge se termine sur ce verset que nous pouvons appliquer éminemment à la Vierge Marie qui forme en nous un cœur de fils du Père :
« A elle le fruit de son travail et que ses œuvres publient sa louange » (Proverbes 31, 31). En nous donnant un vêtement, la Vierge nous signifie que sa mission à notre égard est de tisser nos vies sous la motion de l’Esprit-Saint.

Le vêtement peut intervenir comme signe d’un lien particulier : ainsi « Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme lui-même. [Il] se dépouilla du manteau qu’il portait et le donna à David, ainsi que ses habits, et jusqu’à son épée, son arc et son ceinturon » (1 Samuel 18, 3-4). Dans le cadre de l’intimité, le vêtement est porteur de l’odeur de celui qu’on aime et il permet de le reconnaître : Isaac, devenu aveugle, confond Esaü et Jacob car Rebecca avait revêtu Jacob des vêtements d’Esaü pour tromper Isaac (Genèse 27, 15.27) ; l’époux du Cantique évoque « la senteur des vêtements » de sa bien-aimée (Cantique 4, 11). Pensons aussi au verset du psaume 44 « la myrrhe et l’aloès parfument ton vêtement » ; ce psaume, ayant vraisemblablement ses origines dans la célébration des noces d’un roi, a été interprété allégoriquement comme évoquant les noces du Roi-Messie avec son peuple (Israël, l’Église). La tradition liturgique et spirituelle chrétienne l’a appliqué à la Vierge Marie et aux saintes vierges.
Cet aspect nous incline à percevoir le scapulaire, l’habit qui nous est donné par la Sainte Vierge, comme imprégné de ses parfums, c’est-à-dire de sa personnalité : par la dévotion au scapulaire nous accueillons une intimité renouvelée avec la Vierge Marie et nous bénéficions de cette atmosphère spirituelle pour nous attacher au Christ et pour avancer dans la foi.

Le vêtement exprime un temps de la vie (vêtement de travail ou vêtement de fête), un acte particulier à accomplir (par exemple dans le cadre d’une fonction sacerdotale). Lorsqu’Élie appelle Élisée, il jette sur lui son manteau (1 Rois 19, 19). Le vêtement exprime donc ce à quoi se dédie la personne. Recevant le scapulaire nous entendons nous dévouer aux œuvres de la Vierge Marie, c’est-à-dire aux œuvres du Seigneur Jésus.

Le vêtement peut être porteur de la grâce d’une personne : la femme atteinte d’hémorragies reçoit la guérison de son contact avec le vêtement de Jésus (Mc 5, 27-30) ; toucher son habit lui permet d’atteindre la personne de Jésus même et sa puissance de guérison. Lorsqu’Élie vit ses derniers instants, il sépare les eaux du Jourdain en les frappant de son manteau ; après lui son disciple Élisée répète ce geste, qui atteste qu’il a bien hérité de l’esprit d’Élie (2 Rois 2, 8.13-15).

Le scapulaire est signe de l’appel que Dieu nous adresse : vivre de plus en plus dans la grâce de Marie à l’égard de Dieu et des hommes, c’est-à-dire recevoir et adopter de plus en plus la façon dont Marie vit dans la grâce, ce qui va fonder en nous une imitation intérieure des vertus de la Vierge Marie – en premier lieu les vertus théologales de foi, espérance et charité. Imitation intérieure : non pas une copie due à nos efforts mais une ressemblance qui jaillit de notre cœur. Cette ressemblance est en premier lieu le fruit de l’œuvre de la grâce en nous mais elle requiert aussi notre collaboration : la fidélité de notre vie à l’Évangile du Christ Jésus, en actes et en vérité.

Enfin l’habit est un symbole de nos dispositions intérieures et de nos œuvres spirituelles : saint Paul nous invite ainsi à « revêtir l’homme nouveau, celui qui, pour accéder à la connaissance [du Christ Jésus], ne cesse d’être renouvelé à l’image de son créateur » (Col 3, 10 et Phi 3, 8-9). Le scapulaire signifie donc, dans le dynamisme de la grâce baptismale, notre propos renouvelé de revêtir le Christ et de revêtir Marie.
À la Transfiguration les vêtements du Christ étaient resplendissants de gloire. Dans l’Apocalypse apparaît « une femme vêtue du soleil » (Apocalypse 12, 1) ; nous lisons ce passage lors de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie. Revêtir Jésus, revêtir Marie, c’est donc aussi nous orienter dans l’espérance du ciel, de l’entrée dans l’éternité bienheureuse.
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