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Il existe à Dakar un lieu célèbre qu’on appelle le « village des arts ». Il rassemble de grands artistes sénégalais de renom, aussi bien dans le domaine de la peinture, que de la sculpture.
C’est là-bas que nous avons rencontré en février 2010 Monsieur Issa DIOP. Il s’agit d’un sculpteur-fondeur d’une soixantaine d’années, fort sympathique, aussi humble dans l’exercice de son art qu’il en est génial. D’ailleurs, si vous avez l’occasion d’être accueillis dans la capitale chez l’habitant, vous aurez peut-être la chance de découvrir une de ses œuvres trônant sur un des meubles de la salle de séjour. Car les sculptures de Issa DIOP sont très prisées. Sinon, vous pourrez aller visiter sa galerie au fameux village, non loin du
stade, pour contempler ses célèbres statues d’enfants qui jouent ensemble, de lutteurs qui s’empoignent, de joueurs de Jazz, etc. Cela vaut le déplacement. À tel point que nombre d’Européens, d’Asiatiques et d’Américains commandent énormément, et en toutes dimensions. Monsieur Issa DIOP exporte dans le monde entier.
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Cependant, son atelier ne paye pas de mine. L’artiste travaille dans des conditions extrêmement précaires. Tout est réalisé avec les moyens du bord. Au fil des réalisations, le four en terre cuite est systématiquement reconstruit. Pour ciseler la cire, les outils sont chauffés sur un réchaud à gaz, les armoires qui entreposent les sujets en attente datent de mathusalem.
Pour le reste, tout est posé pêle-mêle sur des tables branlantes et pour habitacle sécurisé, l’artiste utilise deux vieux containers. Quant aux moules qui sont hors d’usage, ils alimentent une véritable décharge de plâtre à vingt mètres derrière l’atelier. Il est tout à fait étonnant de voir se côtoyer une telle noblesse, une telle dignité, une telle perfection avec une telle pauvreté. Puis très vite on s’aperçoit que ce n’est pas incompatible, voire même très harmonieux. Car la beauté s’impose d’elle-même. Elle ne fait pas de bruit, et peut aisément se passer d’un cadre pour être mise en valeur. Non seulement elle s’en passe, mais bien davantage encore, elle l’évite : les contrastes faisant apparaître ce qui est caché. N’est-ce pas l’expérience que les bergers de Bethléem ont faite lors de la Nativité ? L’Enfant-Dieu, Beauté de toutes les beautés, posé-là dans une mangeoire, au milieu d’une étable, ne fut-il pas le point focal de la plus indicible adoration ?
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C’est ainsi que l’Enfant-Jésus de Keur Mariama a été conçu : dans l’atelier de Monsieur Issa DIOP. Ce dernier est musulman, mais « Issa » signifie « Jésus ». Toutes les conditions étaient donc rassemblées pour que la statue commandée puisse voir le jour dans de bonnes conditions. Le travail a duré six mois et suscité de nombreuses rencontres à Dakar, jusqu’à ce que la statue de cire arrive à maturité. Puis, aux alentours du 25 décembre (nous ne l’avons pas fait exprès), après que le métal en fusion se soit solidifié, sortant de la gangue de plâtre comme d’un cocon, l’Enfant-Jésus est né : bravo l’artiste !
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Une fois réalisée, il ne restait plus qu’à l’installer. C’est notre architecte, Jean-Paul CASTANET, qui nous a indiqué l’emplacement idéal : non pas au bout de l’allée d’accès central, comme nous le pensions au départ, c’est-à-dire, au milieu de la façade nord, mais de côté, pour accueillir les visiteurs et leur permettre de venir se recueillir un peu à l’écart. Le socle, dessiné par le cabinet d’architecture a été construit par notre entrepreneur Benoît DIATTA. Il est de même facture que le couvent, en enduits blancs teintés dans la masse et en briquettes identiques à celles du cloître.
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